La maternelle made in USA

Lorsqu’on débarque fraîchement aux Etats-Unis sans connaître la ville qui nous accueille (malgré un travail de recherche avant le départ), chercher un établissement d’accueil pour son/ses enfants de moins de 5 ans peut relever du parcours du combattant où patience et persévérance sont les maîtres-mots.

Pour y comprendre quelque chose, il faut oublier notre système scolaire français.

Officiellement, le système scolaire public et gratuit américain ne commence qu’à 5 ans avec le kindergarten (voir mon billet ici, sur la scolarisation aux Etats-Unis), certains États acceptent les enfants de 4 ans 1/2 mais pas l’État d’Ohio où nous vivons. S’il faut vraiment le comparer au système français : c’est l’équivalent de la grande section et dernière année de l’école maternelle, sauf qu’aux Etats-Unis, c’est la première année de l’Elementary School (l’école élémentaire)… On a tendance à l’oublier mais en France aussi, l’instruction d’un enfant n’est obligatoire qu’à partir de ses 6 ans, sauf que scolariser son enfant dès l’âge de 3 ans (voire moins depuis quelques années) est entré dans les mœurs*.

Donc avant 5 ans, aux Etats-Unis : soit on garde son/ses enfants à la maison, en proposant éventuellement du homeschooling, soit on se résoud à faire un sacrifice financier car oui tout est payant avant le kindergarten publique (à moins d’avoir la chance d’avoir une charter school qui propose une classe de pre-kidergarten gratuite)**, et l’on trouve un établissement d’accueil privé… daycare ou preschool***.

 

Nos Twincesses n’ayant 5 ans qu’en janvier prochain, nous n’avons donc pas pu les inscrire en kindergarten, même si elles étaient déjà scolarisées en France, en petite section de maternelle.

Jusqu’au dernier moment, nous nous sommes posé la question : garderons-nous nos filles à domicile ou chercherons-nous une structure d’accueil ? Vu les tarifs pratiqués, nous étions prêts à accepter le fait qu’elles ne seraient pas scolarisées cette année mais auraient des séances régulières de homeschooling en français et des activités en anglais (à la super bibliothèque de notre ville mais aussi durant les activités sportives auxquelles nous les avons inscrites : leçons de natation et danse classique).

Un peu comme le font beaucoup de familles Américaines, par contraintes ou par convictions.

Donc ! Après avoir :

passé à la loupe des dizaines de sites web de structures d’accueil des plus bizarres aux plus sélect en passant par les religieuses…

– essayé de comprendre les différences entre Early Chilhood Center, Learning boutique, Childcare Center (beaucoup de noms au final pour des établissements proposant à peu de choses près les mêmes prestations !)

– visité plus de structures qui ressemblaient exactement à la garderie française que nos filles fréquentaient lorsqu’elles avaient 2/3 ans… plûtot qu’à une preschool (en même temps, difficile aussi de savoir à quoi doit ressembler une preschool quand on n’a pas l’expérience dans le Pays, mais en tout cas, pour nous, ce genre de garderies visitées auraient été synonyme de régression).

Nous avons ENFIN trouvé une preschool adaptée à nos Twincesses… moyennant finance, tout juste une semaine avant la rentrée. Et elles étaient très contentes car elles voulaient apprendre l’anglais !

 

La rentrée scolaire version US

Les dates de rentrée diffèrent d’un Etat à l’autre. Dans l’Ohio, la rentrée s’est effectuée le 17 août dernier. Nos little Frenchies (ainsi que Bro. Finger) ont pris le chemin de l’école, en dernière année de preschool (disons que c’est la moyenne section de maternelle française). Elles ont intégré un petit groupe de 7 élèves, sur 5 demies journées par semaine, de 9h à 12h30. Le fait qu’il s’agisse de demies journées réduit les frais de scolarité mais cela reste très cher pour 3h30 par jour. Bien qu’ils terminent à 12h30, les enfants prennent leur lunch (qu’il faut fournir) à l’école, à 11h50… Aïe aïe aïe ces fameuses lunch boxes casse-tête ! Les enfants ont environ 20 min pour déjeuner.

 

Qu’apprennent les petits « preschoolers » ?

Le programme d’enseignement proposé est varié : les enfants travaillent autant sur les lettres de l’alphabet en majuscule qu’en minuscule, étudie une liste de cinquante mots à savoir lire et écrire en fin d’année, chaque semaine deux mots sont à l’honneur, les « Star Words » ; l’établissement possède de vraies classes qui ressemblent aux classes de maternelles françaises, une belle bibliothèque, une salle de motricité, propose également un programme d’art et de musique, ainsi qu’une cours de récréation équipée de toboggans, parcours d’adresse, balançoires, etc.

 

A gauche, sur le table, le « job chart » : chaque enfant a une mission qui lui est affectée chaque semaine : chercher le prénom des enfants présents et le poser dans un panier, indiquer la date, la météo, etc

 

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Au fond, accrochée au mur : une échelle des progressions, en couleurs : chaque enfant à son nom sur une épingle qui monte ou descend en fonction de son travail, son comportement. Et bien sûr, le drapeau Américain que l’on retrouve dans chaque classe.

 

La communication avec les parents

La rentrée s’est effectuée en douceur, un des deux parents était invité à rester le premier jour, l’occasion de discuter avec la maitresse. Une « back-to-school parents night » s’est enchainée rapidement : c’est la réunion parents-professeur de la rentrée où la directrice de l’établissement et chaque maîtresse (je n’ai pas vu de maître) à détaillé son programme. Tous les week-end, l’institutrice adresse également par mail une news letter aux parents, avec un compte-rendu du travail effectué tout le long de la semaine, joint des photos des enfants en train de réaliser les activités et s’il y a lieu, propose (sans obligation) des livres en rapport avec les activités effectuées dans la semaine.

 

La sécurité

Chose surprenante pour nous, un agent de police est affecté à la surveillance de l’école depuis deux ans, sans qu’il y ait eu de problème particulier dans l’établissement.

Seuls les parents peuvent rentrer dans l’école à certaines heures précises, grace à un badge électronique appelé « key fob ». Sinon, il faudra montrer pâte blanche en se présentant à la réception, l’agent d’accueil déclenchera l’ouverture de la porte… ou pas selon le motif de la venue ; en dehors des heures d’entrée et de sortie des classes, l’agent de police prend place à son bureau vitré face à la réception. Ces mesures de sécurité ne semblent pas perturber les enfants, l’agent de police se présente dans chaque classe en début d’année, accompagné d’un pompier, tous les deux expliquant les consignes de sécurité comme, entre autres, ne pas jouer avec des allumettes, des conseils de prudence comme ne pas suivre un inconnu etc.

 

Pourquoi scolariser son/ses enfants, puisque ce n’est pas obligatoire (lorsqu’on a le choix) ?

Certains parents décident par conviction de garder leur(s) enfant(s) à la maison, certaines familles expatriées choisissent de pratiquer le homeschooling (ce que j’avais prévu de faire et d’ailleurs ferai, en français, certains après-midi, lorsque les mauvais jours vont commencer) et avec l’argent « économisé » partent à la découverte des USA : voyager peut-être une merveilleuse expérience de la vie et une leçon de géographie ludique pour les enfants. Ce billet n’est ni une critique ni une comparaison envers les parents ayant fait des choix différents: je ne suis qu’une Frenchy de passage qui voit les États-Unis de sa petite hauteur.  Mais pour nous, voici 4 raisons qui nous confortent dans notre choix d’avoir inscrit nos filles dans une « vraie » preschool :

 

1- l’apprentissage de la langue !

Plus tôt l’enfant entend une langue étrangère, plus vite il l’assimile.

Puisque nous avons la chance de passer un an aux États-Unis, nous souhaitions que nos enfants aient l’opportunité d’apprendre l’anglais, de l’entendre avec le bon accent, pour que de retour en France, nous puissions continuer cet apprentissage. Certes, mon accent est « so cute » comme on me le dit souvent mais… tellement « so Frenchy » ! Nos Twincesses auraient pu apprendre quelques phrases d’anglais avec moi lors des activités sportives auxquelles nous les avons inscrites mais en immersion sans les parents autour, l’enfant apprend bien mieux.

Pour les familles expatriées plusieurs années, la rentrée au Kindergarten peut être facilitée par le fait que l’enfant aura déjà une base d’anglais. Pour nous, ce n’est pas le cas puisque nous ne restons qu’un an mais cela devrait constituer un bon départ vers le bilinguisme.

A un mois tout rond de leur rentrée, nos Twincesses ont pris leurs marques, elles commencent à connaître des mots, comprendre les consignes de la maîtresse, chanter des chansons en anglais, faire quelques petites phrases.

 2- certaines structures d’accueil proposent une vraie préparation au Kindergarten…

Ça paraît logique mais ce n’est pas tout le temps le cas ! Certaines preschools peuvent ressembler à des garderies et n’ont de « preschool » que le nom ! Une visite pourra tout aussi bien vous faire atterrir chez un particulier qui aura transformé une pièce de son domicile pour accueillir plusieurs enfants, comme vous pourrez tomber sur un établissement ultra sélect, ultra religieux, ultra hors de prix ! Il faut vraiment prendre le temps d’éplucher les sites web de ces structures et surtout de visiter la structure, ne pas hésiter à discuter avec son responsable, à poser des questions sur le programme, rencontrer l’instituteur.

Pour nous, c’est une continuité à leur scolarisation déjà commencée en France.

 

3- Scolariser nos enfants par demies journées, leur permet de pratiquer d’autres activités l’après midi, des cours de natation, de la danse et des passages à la bibliothèque pour écouter une « story-tell » (conte lu en anglais), autre façon d’entendre et d’apprendre l’anglais.

 

4- La santé mentale du parent à domicile (la mienne) !

Pas de langue de bois : chapeau bas aux mamans (ou papas !) qui enseignent à domicile, il faut faire preuve de beaucoup de patience et de méthode. J’adore transmettre des choses et des valeurs à mes enfants mais il faut une sacrée dose de patience pour garder son calme en toute circonstance, surtout avec des jumeaux ou deux enfants en bas-âge !

Pratiquer le homeschooling s’apparente pour moi à de entrepreneuriat. Mais qu’est-ce qu’elle raconte, celle-là ? Je m’explique ! La mère ou le père qui endosse le rôle d’enseignant n’aura personne derrière elle/lui, pour se lever le matin et faire marcher « sa petite entreprise ». Pas d’organisation, pas de méthode = pas d’enseignement, tout simplement. Moui… ok, c’est valable pour tout… mais bon, on parle de nos enfants, là…

Attention ! Je ne dis pas que choisir d’inscrire son enfant en preschool (alors que ce n’est pas obligatoire), c’est manquer de patience ou de temps pour son enfant ! Mais il faut le reconnaître, il faut avoir la volonté de faire du homeschooling et surtout : de s’y tenir !

Et donc pour en revenir à mon histoire d' »entrepreneur » ! Un entrepreneur s’occupe de « son entreprise », il ne peut correctement faire autre chose en parallèle. Enseigner à la maison, c’est prendre tout le temps nécessaire pour son ou ses enfants. C’est DONC aussi accepter que rien ne se fera en même temps dans cette même maison (rangement, ménage, courses alimentaires, tâches administratives… ou tout simplement un peu de temps pour soit – si, si ! On y a droit !). Il faut savoir lâcher prise et surtout ne pas culpabiliser pour ce que l’on n’a pas pu faire en parallèle, je crois que ce n’est pas donné à tout le monde.

Scolariser son/ses enfant(s) alors que ce n’est pas obligatoire (… mais payant), c’est donc aussi avoir quelques heures devant soit, pour pouvoir faire autre chose, s’occuper de sa maison, découvrir son nouvel environnement. S’expatrier pour suivre son conjoint, c’est souvent mettre de coté sa carrière professionnelle. Pourquoi ne pas profiter de ce temps libre pour réfléchir à un projet qui nous tient à cœur, une reconversion professionnelle par exemple ?

 

 

 * Scolarisation des touts petits, France/USA, quelques statistiques :

« Le NIEER (National Instituts for Early Education Reserch) publie chaque année une enquête sur la situation des maternelles publiques aux États-Unis : 36 % des enfants de 3 ans sont inscrits dans des programmes de maternelle privés, 3 % sont dans des preschools publiques alors que 49 % ne vont pas à l’école du tout. Pour les enfants de 4 ans, la proportion est différente : 35 % suivent des programmes de maternelle privés, 26 % reçoivent un enseignement public et 26 % ne vont pas à l’école. Une situation bien différente de celle de la France, où la maternelle, créée en 1845 par Marie Pape-Carpentier, est publique et accueille la quasi-totalité des enfants de 3 et 4 ans. » (Source : https://france-amerique.com/le-boom-des-preschools-en-francais-aux-etats-unis/)

** Dans certaines villes on peut trouver des classes de pre-k (pre-kindergarten) pour les enfants de 4 ans ou T-k (transitional kindergarten) pour les enfants fêtant leur 5eme année après le mois de septembre et donc qui n’ont pas pu entrer au kindergarten à quelques mois… dans les fameuses Chart Schools dont les places sont limitées et très souvent attribuées après tirage au sort. Il s’agit d’écoles publiques gratuites gérées par le secteur privé. Ces écoles sont légalement et financièrement indépendantes du systèmes scolaire publics Américain, sous condition d’obtenir une charte dressée par les autorités gouvernementales compétentes.

*** daycare vs preschool : quelles differences ? Un daycare est une garderie qui accueille les enfants de 2 mois à 4-5 ans tandis qu’une preschool accueille les 3/5 ans. Alors qu’un daycare couvre une large amplitude horaire (généralement 7h-18h, certains proposent un accueil la nuit), une preschool recevra les enfants jusqu’à 12h30/13h voire 15h, avec possibilité d´heures supplémentaires, les extra hours, moyennant finance mais n’accueillera pas les enfants durant les congès, jours férié et vacances d’été. Un daycare sera plus orienté sur la surveillance et les soins à l’enfant avec un travail de développement cognitif et social, une preschool devrait présenter un programme d’éducation de plus ou moins bonne qualité préparant l’enfant au kindergarten

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2 comments on “La maternelle made in USA

  1. 18 septembre 2016 at 11 h 00 min

    Tu penses à quoi comme reconversion ?? 😉

    • 20 septembre 2016 at 5 h 41 min

      Je n’avais pas vu ton message ici 🙂 mais bon au final tu as eu la réponse ailleurs 😘

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